Des BD, il y en a énormément. De bonnes BD, beaucoup. De très, très bonnes BD, plusieurs centaines. Des chefs-d'œuvre du médium, nettement moins. Et les 10 meilleures BD de tous les temps ne peuvent être que 10.
Le problème, c'est qu'il n'existe aucune manière objective de les évaluer : mon top 10 ne sera donc peut-être pas le tien. Tout dépendra de tes goûts, de tes préférences, de ton volume de lecture et de ton âge.
Dans cet article, je te présente mes 10 favoris, parfaitement subjectifs, ainsi que 10 autres que j'ai eu du mal à écarter et 10 derniers que je dois encore lire et dont certains finiront probablement par entrer dans mon top ten.
Je ne cherche pas à établir un canon ni à décider quelles œuvres ont été les plus influentes, innovantes ou importantes pour le médium. Cette liste répond à une question beaucoup plus simple : si je devais n'en garder que dix parmi tout ce que j'ai lu, lesquels choisirais-je ?
Si tu n'en as pas lu certains, je te conseille d'y jeter un œil, car je doute fortement que l'un d'eux te laisse indifférent.
Au passage, en plus des 10 meilleures BD de tous les temps, tu trouveras plus bas :
- Les 10 BD restées aux portes du classement.
- Les 10 BD que je compte lire prochainement (et qui détrôneront probablement l'une de celles du top).
Mes 10 meilleures BD
Passons à la liste des indispensables
1. Corto Maltese : La Ballade de la mer salée – Hugo Pratt

La BD que j'emporterais sur une île déserte si je ne pouvais en prendre qu'une.
La raison ?
Parce qu'elle a tout.
Une bonne histoire, des lieux exotiques et des personnages très différents les uns des autres, bien construits et avec des objectifs et ambitions distincts. Évidemment, le protagoniste Corto Maltese se détache, charismatique et imprévisible au possible.
À cela s'ajoute le style sublime du maître Hugo Pratt qui, avec de simples traits de plume et quelques aplats noirs, raconte n'importe quelle action sans jamais perdre le lecteur. Un style séduisant sans avoir besoin de baroque visuel.
En définitive, une œuvre qui mérite d'être lue plusieurs fois pour en tirer toute la substance.
2. Batman: The Dark Knight Returns – Frank Miller

On change complètement de registre pour entrer dans le genre des super-héros, mon préféré à l'adolescence et, comme on dit aujourd'hui, quand j'étais “young adult”, et probablement celui auquel j'ai consacré le plus d'heures.
Parmi tous ses auteurs, il y en a un qui m'a toujours fasciné, parce que je l'ai découvert au sommet de son art : Frank Miller.
Avec ses scénarios remplis de fureur et son dessin volontairement laid mais extrêmement narratif, dans cette œuvre -l'un de ses sommets- il a fait d'un Batman vieillissant l'une des versions les plus mémorables du personnage.
Un chef-d'œuvre absolu du genre, doté d'une énergie aussi bien visuelle que textuelle qui m'a beaucoup plus ému que Watchmen, sorti à la même époque et lui aussi magnifique, d'Alan Moore.
J'aurais pu choisir pour cette place un autre de ses chefs-d'œuvre consacrés à Batman, comme Batman : Année Un, plus classique et canonique avec Mazzucchelli au dessin, mais j'ai préféré la rupture qu'a représentée celui-ci.
3. Elektra Assassin – Frank Miller et Bill Sienkiewicz

Je reste avec Miller, mais en changeant de registre. Ici, l'auteur ne garde que le scénario et confie la partie visuelle à Bill Sienkiewicz, qui avait déjà radicalisé son style en passant du réalisme extrême à l'expérimentation radicale.
Sienkiewicz mélange peinture, collage, déformation, caricature et dessin réaliste comme bon lui semble. Et ça marche. C'est le meilleur exemple que je connaisse d' expérimentation graphique au service d'une expérience narrative.
Le dessin en met plein les yeux, bien sûr, mais le scénario aussi. Malgré le titre, Elektra n'est pas réellement la protagoniste de l'œuvre : elle est plutôt une entité abstraite qui erre dans les pages, où se mêlent les forces de l'ordre incarnées par le protagoniste -John Garrett, agent de S.H.I.E.L.D.-, des assassins, la politique, l'espionnage, des pouvoirs psychiques, des conspirations et une vision grotesque des États-Unis.
La narration exige une (re)lecture approfondie pour être totalement comprise, autant voire davantage que le dessin, mais j'y vois une qualité, pas un défaut.
Une œuvre excessive du début à la fin.
4. Weapon X – Barry Windsor-Smith

Et si l'on parle d'excès, il faut parler de Weapon X.
Un roman graphique où le baroque visuel de son auteur, Barry Windsor-Smith, est écrasant. Des pages remplies de câbles, de machines, de moniteurs et de corps qui transmettent une sensation constante de déshumanisation.
Je me souviens m'être demandé en le lisant comment quelqu'un pouvait dessiner ainsi. Comment on peut assembler autant de lignes et faire en sorte qu'elles aient toutes un sens. Comment tout ce qui se passe reste parfaitement compréhensible malgré la densité de certaines cases.
Pour l'histoire, il suffit de dire qu'il s'agissait de l'origine canonique de notre cher Wolverine, jusqu'à ce qu'un esprit (peu) éclairé de Marvel décide de la changer, alors que celle-ci était absolument parfaite.
L'un des sommets incontestables de la BD de super-héros.
5. Preacher – Garth Ennis et Steve Dillon

On quitte un peu la BD de super-héros pour embrasser un autre type de comics d'aventure américain.
Preacher pourrait se résumer à un voyage dans l'Amérique profonde au milieu d'un festival de blasphème, de violence, d'humour noir et de provocation, ce qui ne surprend pas quand on voit qui est le scénariste.
Mais au-dessus de tout cela, il y a quelque chose que, je crois, le bon Ennis n'a jamais surpassé : la relation entre le trio principal, Jesse Custer (le prédicateur), Tulip (son ex-petite amie) et surtout Cassidy (le vampire qui devient son ami). Derrière tous ces excès se cache une histoire très classique et parfaitement construite sur l'amitié, l'amour, la loyauté et la trahison.
Et oui, le dessin de Dillon n'est pas pour tout le monde. Beaucoup plus ingrat que celui de Miller, il me convient, surtout grâce à l'efficacité de sa narration. C'est pourquoi j'insiste pour que tu donnes sa chance à l'œuvre, même si le premier coup d'œil te rebute.
À titre d'anecdote, je garderai toujours une affection particulière pour cette œuvre, car je l'ai achetée en sortant directement des bureaux d'un client après avoir été payé pour mon premier travail en indépendant, il y a de très, très nombreuses années. C'est un joli souvenir.
6. La Nueve – Paco Roca

Paco Roca est mon auteur espagnol préféré. Peu d'auteurs ont su comme lui saisir la sensibilité de différentes situations de la vie.
Parmi toutes ses œuvres, j'ai choisi celle-ci parce que je considère qu' elle est peut-être la plus ambitieuse.
À l'époque, j'avais déjà chroniqué La Nueve, mais si tu n'as pas envie de lire mon analyse maintenant, je t'en fais un résumé ici.
Il s'agit d'une œuvre longue qui, à travers le flash-back de l'un des protagonistes, suit le parcours d'un groupe de républicains espagnols qui, après avoir perdu la guerre civile et connu l'exil, ont fini par combattre les nazis et participer à la libération de Paris.
Visuellement, elle ne cherche pas l'impact immédiat de Sienkiewicz, Windsor-Smith ou Moebius, mais elle n'en a pas besoin. Son dessin est beaucoup plus simple, mais l'impact de ce qu'elle raconte et de la manière dont elle le raconte reste tout autant gravé dans la mémoire.
7. Tricked – Alex Robinson

Probablement l'un des choix les moins prévisibles de la liste.
Et c'est justement pour cela que je l'ai mis ici.
C'est une BD du quotidien qui raconte l'histoire d'un groupe de personnages assez ordinaires dont les vies commencent à se croiser.
Ce qui est extraordinaire, c'est le mécanisme narratif. Tout est extraordinairement bien ficelé: les petites décisions ont des conséquences, les personnages apparaissent sous différents points de vue et chaque nouvelle information révélée modifie ce que nous pensions de chacun d'eux.
Le dessin est fonctionnel -encore plus que chez Paco Roca- et se trouve donc très loin de la virtuosité visuelle d'autres œuvres de ce top, mais peu importe, car le moteur, ce sont les personnages et la construction de l'histoire.
Une œuvre qui montre à quel point la BD peut bien raconter des vies normales tout en les rendant intéressantes.
8. L'Histoire des 3 Adolf – Osamu Tezuka

Mon représentant du manga, choisi devant des chefs-d'œuvre comme Akira ou d'autres qui me fascinaient quand j'étais gamin, comme Ken le Survivant.
Mais L'Histoire des 3 Adolf m'a davantage comblé. J'allais dire qu'il m'avait davantage marqué, mais ce ne serait pas vrai. Les autres l'ont fait davantage : la première avec son histoire cyberpunk complexe, la seconde avec sa violence et son dessin.
Ici, l'apparente simplicité du dessin de Tezuka contraste énormément avec la complexité et l'ambition de ce qu'il est capable de raconter. À travers trois hommes prénommés Adolf, l'auteur japonais construit un récit immense qui relie le Japon, l'Allemagne, le nazisme, l'espionnage, les valeurs et, bien sûr, la guerre.
Les personnages évoluent au fil des années et des décisions prises à un moment donné finissent par avoir des conséquences bien plus tard.
C'est une œuvre longue -plus de mille pages si ma mémoire ne me trompe pas- qui t'attrape et ne te lâche plus jusqu'à la fin. Et si, en plus de l'intrigue, tu complètes ta lecture avec l'annexe sur les moments clés de la Seconde Guerre mondiale qu'incluait au moins l'édition espagnole, tu comprends la complexité de l'entreprise.
Pour toutes ces raisons, c'est l'œuvre que je recommanderais à quelqu'un que le manga rebute.
9. L'Incal – Alejandro Jodorowsky et Moebius

Cette BD est ici pour trois raisons :
- Pour son imagination.
- Pour son ampleur.
- Et surtout, pour Moebius.
Oui, parce que je considère le Français comme le meilleur dessinateur de BD qui ait jamais existé, compte tenu de sa maîtrise absolue de toutes les facettes. Et je considère qu'il s'agit de son œuvre la plus accomplie, pas tant du côté du dessin -où elle rivalise avec Le Garage hermétique – mais dans son ensemble.
Peu de BD ont réussi à construire un univers visuel aussi immense tout en donnant l'impression que c'était simple à faire.
Oui, le scénario de Jodorowsky n'est pas au même niveau : il lance sans cesse des concepts et l'histoire devient une succession d'idées, de symboles et de rebondissements qui ne sont pas toujours cohérents ni dotés d'un poids narratif suffisant. On a même l'impression qu'avec un éditeur au-dessus du Chilien, on parlerait de quelque chose de véritablement superlatif.
Cet éditeur n'existe pas et, si je ne jugeais que la construction des personnages ou la précision de l'intrigue, cette BD n'entrerait pas dans ce top.
Mais la BD, c'est aussi le dessin, le design, l'imagination et la surprise visuelle. Et sur ces terrains, L'Incal joue en Ligue des champions.
10. Black Hole – Charles Burns

Dans ce top 10, c'est la seule œuvre que je n'ai jamais relue. Probablement parce que c'est la seule que je n'ai pas dans ma bibliothèque -je l'avais empruntée à la bibliothèque de mon quartier-, chose que je compte corriger bientôt.
On est face à une œuvre étrange. Beaucoup moins commerciale que les précédentes. L'intrigue -une étrange maladie qui transforme physiquement des adolescents- comme le dessin -un noir et blanc propre, désagréable quand il le veut- font de cette œuvre une lecture difficile qui ne convient pas à tout le monde.
Mais le meilleur vient après. Parce que c'est une BD qui te reste longtemps en tête. Burns utilise l'histoire comme point de départ pour parler de sexe, d'isolement, de désir, de peur et du sentiment de ne pas trouver sa place. Quelque chose de très adolescent que la plupart d'entre nous ont vécu à des degrés divers.
Sans aucun doute, l'œuvre la plus controversée de toute cette liste.
Les 10 BD restées aux portes du classement
La distance entre ce groupe et le précédent est minime. D'ailleurs, à un autre moment de ma vie, certaines pourraient échanger leur place. Pour être plus clair : si le premier top parle de mes favorites, celui-ci réunit les œuvres dont l'absence est la plus difficile à justifier.
11. 100 Bullets – Brian Azzarello et Eduardo Risso

C'est l'exclusion qui me coûte le plus.
100 Bullets commence avec une prémisse imbattable : quelqu'un se présente, remet à une personne un pistolet, cent balles impossibles à tracer et des preuves désignant celui qui a détruit sa vie, afin qu'elle fasse de tout cela -informations et arme- ce qu'elle veut.
Mais ce n'est que la porte d'entrée vers une intrigue bien plus vaste.
Azzarello construit une narration fantastique et Risso l'accompagne avec un style parfait pour cet univers noir de criminels, d'ombres et de conversations où presque personne ne dit exactement ce qu'il veut dire.
Bien qu'elles soient différentes, j'ai hésité entre inclure dans le top ten celle-ci ou Preacher. Finalement, celle d'Ennis l'a emporté : même si elle est un peu moins sophistiquée, ses personnages sont nettement plus attachants.
12. From Hell – Alan Moore et Eddie Campbell

Peu de BD m'ont autant impressionné à la première lecture.
Alan Moore utilise les meurtres de Jack l'Éventreur pour construire un récit bien plus vaste sur le Londres victorien.
C'est une BD immense non seulement par sa longueur, mais par la quantité de couches qu'elle tente de superposer.
Le dessin d'Eddie Campbell peut donner l'impression de ne pas être à la hauteur, mais il l'est. Il reflète parfaitement l'univers et l'histoire que Moore veut nous raconter.
En revanche, sois conscient que From Hell demande un effort considérable et n'offre pas toujours un plaisir immédiat. C'est probablement pour cela que je la laisse dehors, car si c'était une liste des œuvres les plus ambitieuses, elle serait bien plus haut.
Rien à voir avec le film intéressant mais beaucoup plus plat avec Johnny Depp.
13. Ronin – Frank Miller

Oui, il y a déjà énormément de Frank Miller dans ces listes. Et malgré tout, Ronin mérite d'être ici.
Pour le mélange que Miller orchestre entre samouraïs, science-fiction cyberpunk, technologie, décadence de l'esprit et une énorme quantité d'influences qui incluent mon cher Moebius, le manga et la BD européenne.
C'est une œuvre moins aboutie que The Dark Knight Returns et moins spectaculaire graphiquement qu' Elektra Assassin, mais ne t'y trompe pas : elle les regarde droit dans les yeux.
Je l'adore.
14. Akira – Katsuhiro Otomo

L'importance qu'a eue Akira sur toute la science-fiction cyberpunk qui a suivi est évidente.
Manga comme non-manga.
Et c'est probablement parce que cette œuvre extrêmement complexe et longue est capable de te faire ressentir toutes sortes de choses, de l'épique la plus classique jusqu'à une véritable peur.
Otomo construit une gigantesque ville du futur où la violence et la destruction, mais aussi l'amitié et la politique, sont omniprésentes. Le tout enveloppé dans une trame métaphysique sur le pouvoir, l'évolution et les limites de l'être humain
Le résultat, c'est que, comme spectacle graphique, il est difficile de trouver quelque chose de comparable.
Cependant, l'intrigue ne maintient pas l'intérêt aussi bien que d'autres BD qui la précèdent et c'est pour cela que j'ai décidé de la laisser dehors et de mettre L'Histoire des 3 Adolf à sa place comme meilleur représentant du manga.
15. Watchmen – Alan Moore et Dave Gibbons

Si je faisais un sondage, je pense que ce serait l'absence que le plus de gens contesteraient.
Et c'est normal, car c'est extraordinaire.
En réalité, je n'ai pas de grand argument contre Watchmen: : sa structure est pensée au millimètre, Dave Gibbons, sans être spectaculaire, garde un contrôle absolu de la page et Moore utilise le genre super-héroïque pour parler de politique, de pouvoir, d'éthique et de responsabilité.
La fin justifie-t-elle les moyens ? Chacun en sortira avec sa propre réponse. C'est ce qui est bien.
La raison de son absence, c'est que même si on peut la lire dix fois sans s'ennuyer, elle m'a moins ému que n'importe laquelle des précédentes.
Là où Miller ou Ennis provoquent émotion et rage, Moore est une mathématique froide et exacte.
Malgré tout, elle reste dehors pour quelques centimètres.
16. Moi, ce que j'aime, c'est les monstres. Livre 1 – Emil Ferris

Quand tu voudras montrer à quelqu'un jusqu'où le neuvième art peut aller, montre-lui cette BD.
Peu de premières œuvres possèdent une personnalité aussi écrasante. Emil Ferris reproduit le carnet de Karen Reyes, une fille fascinée par les monstres qui tente de comprendre un décès survenu dans son immeuble.
À partir de là, tout y passe : famille, crime, mémoire, art, pulp et son regard sur ceux que la société considère comme différents.
Visuellement, c'est incroyable. Les pages imitent un cahier d'écolier rempli de stylo-bille, de dessins, de couvertures imaginaires et de détails. Un tel déploiement pourrait devenir un simple gimmick graphique, mais derrière se trouvent une histoire et des personnages très bien construits capables de le soutenir.
Une œuvre d'art que j'ai déjà chroniquée auparavant :
17. Scalped – Jason Aaron et R. M. Guéra

Noir, réserve amérindienne, arts martiaux avec nunchakus, un casino et un meurtre.
Avec ces ingrédients, Aaron construit une longue histoire, avec des personnages plus gris que blancs, du crime, de la famille et des décisions complexes qui auront des conséquences plus tard.
Et tout cela sous le manteau d'une réserve amérindienne très bien montrée, qui est bien plus qu'un décor puisqu'elle conditionne tout ce qui se passe.
Guéra apporte un dessin efficace, où la saleté et la violence n'idéalisent pas le monde amérindien que nous avons tant vu au cinéma. Il était peut-être aussi propre il y a cent ans ; aujourd'hui, c'est plutôt l'inverse.
Difficile de trouver beaucoup de défauts à cette magnifique série noire au long cours (huit tomes dans son édition originale). Parmi ses qualités, tout le scénario est bon, mais la construction et l'évolution des personnages sont imbattables.
18. Sleeper – Ed Brubaker et Sean Phillips

Brubaker et Phillips ont créé ensemble une quantité énorme de BD de qualité, surtout dans le genre noir.
Leur œuvre la plus populaire est peut-être Criminal -une autre que j'ai adorée-, mais Sleeper m'a volé le cœur avant.
C'est peut-être à cause de ce mélange de noir et de super-héros si bien maîtrisé -l'intrigue raconte comment le protagoniste est infiltré dans une organisation de criminels dotés de super-pouvoirs- qui donne une sensation bien plus proche de l'espionnage que des capes.
Parce que c'est sale, parfois complètement détraqué et rempli de personnages qui prennent leurs décisions avec leurs tripes plus qu'avec leur tête. Pour des raisons assez compréhensibles, il faut le dire.
Si tu aimes le polar et les super-héros autant que moi, c'est une lecture indispensable avec sa préquelle Point Blank..
19. Planetary – Warren Ellis et John Cassaday

Planetary est une immense lettre d'amour à la culture populaire. Super-héros, pulp, science-fiction, monstres géants, histoires de fantômes et toutes sortes de mythologies du XXe siècle y sont réinterprétés comme les pièces d'un même univers. Y compris les 4 Fantastiques de Marvel.
Et malgré la qualité du concept, l'œuvre ne serait pas la même sans le dessinateur. Cassaday donne une spectaculaire froideur élégante aux idées qu'Ellis lance en permanence.
De bonnes idées, une bonne intrigue, de bons personnages, de bonnes références et un bon dessin.
Avec ces ingrédients, impossible de ne pas la recommander.
20. L'Éternaute – Héctor Germán Oesterheld et Francisco Solano López

Je termine la section des œuvres restées aux portes avec l'un des sommets de la BD de science-fiction. Une BD dont on a du mal à croire qu'elle ait sept décennies derrière elle, tant ses idées sont audacieuses et innovantes.
Mais ce qui rend vraiment L'Éternaute spécial, c'est que le héros n'est pas un individu exceptionnel, mais des personnes ordinaires qui tentent de survivre ensemble face à quelque chose qu'elles ne comprennent pas et qui les dépasse.
Et oui, elle présente certains aspects propres à son époque, mais cela n'enlève rien à la force de sa proposition.
Je dois encore lire la réinterprétation que le même scénariste -disparu ensuite “grâce” au régime dictatorial argentin- a réalisée quelques années plus tard avec Breccia. D'après ce que j'ai lu sur cette nouvelle version, je suis convaincu qu'elle me plaira probablement encore davantage.
Profite de la popularité de la série Netflix, qui a entraîné quelques rééditions de cette excellente BD.
Autres
Comme tu le vois, restent dehors des mythes comme Sandman, , Miracleman, , Terre X, , Persepolis, , Maus, Daredevil de Miller, Transmetropolitan, un peu d'Eisner, encore quelques mangas et BD européennes… Mais tout ne peut pas rentrer.
Comme on dit dans ces cas-là, elles n'y sont pas toutes, mais toutes celles qui y sont le méritent.
C'est pourquoi je suis convaincu qu'en choisissant n'importe quel titre de cette liste, tu as une bonne lecture entre les mains. Et si tu n'es pas d'accord, les commentaires sont juste en dessous pour me contredire.
Les 10 BD en attente qui pourraient changer la liste
Enfin, je te laisse avec la liste de mes dix prochaines lectures. Des BD qui, je l'espère, feront bouger quelques places de celles du dessus.
Tout l'intérêt de publier cette liste est justement de pouvoir revenir dans quelque temps et vérifier combien d'entre elles ont répondu à mes attentes.
21. Aâma – Frederik Peeters

J'aime beaucoup Frederik Peeters depuis que j'ai découvert Pilules bleues. Dans Aâma, il change de registre et part vers la science-fiction, mon genre préféré, donc il serait étonnant que ça ne me plaise pas.
La prochaine BD que je lirai dès que j'aurai terminé le livre que j'ai actuellement entre les mains.
22. Lone Wolf & Cub – Kazuo Koike et Goseki Kojima

Un samouraï qui traverse le Japon avec son fils en poursuivant une grande vengeance ressemble à une œuvre conçue pour attirer mon attention.
La raison pour laquelle je ne l'ai pas commencée plus tôt est sa longueur considérable : huit mille pages. Une œuvre pareille exige des mois de ma vie sans en lire une autre, et ça impose le respect. Malgré tout, j'espère la terminer cette année.
23. Berlin – Jason Lutes

Je l'ai dans ma bibliothèque numérique depuis plus de dix ans. Je le sais parce qu'elle était déjà sur mon premier Kindle, mais pour diverses raisons j'en ai toujours privilégié d'autres.
Et pourtant, le mélange entre Tricked, , L'Histoire des 3 Adolf et La Nueve sonne bien dans ma tête…
24. Le Tueur – Matz et Luc Jacamon

Un tueur professionnel, des contrats qui forment peu à peu une intrigue plus vaste et beaucoup de place accordée à ses pensées pendant qu'il attend. Ça semble très dans la lignée de 100 Bullets.
On verra si son ton européen plus froid réussit à me faire autant apprécier l'œuvre que celle-là.
25. De mal en pis – Alex Robinson

D'accord, pour celle-ci je ne sais plus très bien si je l'ai lue il y a longtemps ou non. Donc je veux vérifier. Si Tricked figure parmi mes dix favorites, lire l'autre grande œuvre au long cours d'Alex Robinson paraît obligatoire.
26. Lupus – Frederik Peeters

Encore Frederik Peeters et encore de la science-fiction, même si, d'après ce que j'ai lu, celle-ci est davantage centrée sur les personnages.
Très, très curieux de la lire.
27. Partie de chasse – Pierre Christin et Enki Bilal

Bon, celle-ci, je la connais. Et je la connais parce que j'en ai lu un épisode isolé dans l'une des revues de BD de mon père. Un numéro de Métal Hurlant des années 80, si je me souviens bien.
J'adore le dessinateur et l'intrigue m'attire. Ça promet.
28. L'Art de voler – Antonio Altarriba et Kim

Je connais assez peu celle-ci, sauf qu'on me l'a recommandée quand on parlait de La Nueve. Elle part d'un terrain historique similaire et l'aborde à travers la vie entière d'un individu.
On verra bien, car on ne m'a pas dit autant de bien du dessin.
29. Blast – Manu Larcenet

Le récit part d'un homme arrêté qui reconstruit la manière dont il en est arrivé là, et semble évoluer sur des terrains assez sombres : isolement, violence, perception de la réalité et autodestruction.
Ce que j'espère trouver, c'est précisément une œuvre qui, comme Black Hole, continue à travailler dans la tête après l'avoir terminée.
30. Monster – Naoki Urasawa

Encore un représentant japonais. Le point de départ m'intéresse : un médecin sauve la vie d'un enfant et découvre des années plus tard que cette décision a eu de terribles conséquences. Un thriller gigantesque -plusieurs milliers de pages- rempli de personnages secondaires, de nouveaux mystères et de ramifications.
Celle-ci, sans aucun doute, ce sera pour l'année prochaine.
Une liste forcément provisoire
Comme tu le vois, mes favorites semblent partager certaines caractéristiques. J'aime les histoires longues qui permettent de voir grandir les personnages, mais j'ai aussi un faible pour les auteurs capables d'utiliser le dessin d'une manière totalement personnelle.
C'est pour cela que Tricked et Elektra Assassin peuvent cohabiter : l'un me comble par ses personnages et sa structure, tandis que l'autre transforme chaque page en terrain d'expérimentation.
Pour exactement les mêmes raisons, L'Histoire des 3 Adolf et Weapon X figurent aussi dans la liste.
J'ai aussi mes contradictions. Je critique L'Incal parce que le scénario n'est pas à la hauteur de son univers visuel, mais je le garde dans la liste. En échange, je laisse dehors From Hell, qui est probablement plus ambitieux et plus parfait que plusieurs des titres retenus.
Ou bien je mets deux œuvres de Miller parmi les dix -et une troisième parmi celles qui ont failli entrer- pour une seule d'Alan Moore, que je considère pourtant comme un bien meilleur scénariste. Je n'essaie pas de corriger ces contradictions, car c'est justement ce qui distingue ma liste de celle de n'importe qui d'autre.
Et surtout, la liste n'est toujours pas terminée. Et elle ne le sera jamais, puisque chaque jour sortent ou je découvre de fantastiques BD. Aâma, Lupus, , Berlin, , Lone Wolf & Cub, , Le Tueur… ont le potentiel d'entrer dans le top. Du moins, a priori.
Dans quelques mois, ou quelques années, je repasserai ici pour te confirmer -ou non- s'ils y sont vraiment arrivés ou s'ils sont restés loin.
D'ici là, je te laisse avec cette sélection que j'espère que tu apprécieras beaucoup.
Questions fréquentes
Quelle est, selon toi, la meilleure BD de tous les temps ?
Si je ne devais en garder qu'une, je choisirais Corto Maltese : La Ballade de la mer salée, d'Hugo Pratt. Je trouve que c'est une œuvre extrêmement complète par son histoire, ses personnages, ses décors et, surtout, par la capacité narrative de Pratt avec un dessin apparemment simple.
Quelles sont tes 10 BD préférées ?
Mon top 10 est composé de Corto Maltese : La Ballade de la mer salée, Batman: The Dark Knight Returns, Elektra Assassin, Weapon X, Preacher, La Nueve, Tricked, L'Histoire des 3 Adolf, L'Incal et Black Hole.
Est-ce une liste objective des meilleures BD de tous les temps ?
Non. C'est une liste totalement personnelle. Elle ne cherche pas à établir un canon ni à décider quelles œuvres ont été les plus importantes ou influentes, mais simplement à répondre à la question de savoir quelles dix BD je choisirais parmi toutes celles que j'ai lues.
Quelle est la meilleure BD de super-héros de la liste ?
Mon choix serait Batman: The Dark Knight Returns, de Frank Miller. Figurent également très haut Elektra Assassin et Weapon X, et parmi celles restées aux portes du classement, on trouve Watchmen, Ronin ou Sleeper.
Quel est le meilleur manga de la liste ?
J'ai choisi L'Histoire des 3 Adolf, d'Osamu Tezuka. Je le recommande particulièrement à quelqu'un qui n'a pas l'habitude du manga, car il combine une narration très accessible avec une immense histoire de guerre, d'espionnage, de politique et d'évolution des personnages.
Quelle est la meilleure BD espagnole de la liste ?
La Nueve, de Paco Roca. C'est une œuvre ambitieuse qui suit des républicains espagnols exilés ayant fini par combattre les nazis et participer à la libération de Paris.
Pourquoi Watchmen ne figure-t-il pas dans tes dix meilleures BD ?
Pas parce que je le considère techniquement inférieur. Sa structure est extraordinaire et Alan Moore et Dave Gibbons réalisent un travail pratiquement millimétré. Simplement, d'autres œuvres de la liste m'ont davantage ému. Il est resté dehors de très peu.
Quelle BD a le meilleur dessin de la liste ?
Difficile d'en choisir une, car j'apprécie des styles très différents. Elektra Assassin se distingue par l'expérimentation de Bill Sienkiewicz, Weapon X par le baroque de Barry Windsor-Smith et L'Incal par Moebius, que je considère comme le meilleur dessinateur de BD qui ait jamais existé.
Quelle BD recommanderais-tu à quelqu'un qui cherche quelque chose de différent ?
Tricked, d'Alex Robinson, est probablement le choix le moins prévisible du top. Elle ne repose ni sur de grands concepts ni sur un dessin spectaculaire, mais sur des personnages ordinaires et une construction narrative extraordinairement bien ficelée.
Quelle BD de la liste est la moins commerciale ?
Probablement Black Hole, de Charles Burns. Son histoire comme son dessin peuvent mettre mal à l'aise, mais c'est précisément pour cela qu'elle continue à tourner dans la tête après l'avoir terminée.
Quelles autres BD ont failli entrer dans le top 10 ?
Parmi celles restées aux portes du classement, on trouve 100 Bullets, From Hell, Ronin, Akira, Watchmen, Moi, ce que j'aime, c'est les monstres, Scalped, Sleeper, Planetary et L'Éternaute.
Quelles BD en attente pourraient entrer dans le classement ?
Parmi celles que je dois encore lire figurent Aâma, Lone Wolf & Cub, Berlin, Le Tueur, De mal en pis, Lupus, Partie de chasse, L'Art de voler, Blast et Monster. L'idée est de revoir la liste lorsque j'en aurai lu quelques-unes.
Quel type de BD aimes-tu généralement le plus ?
J'ai un faible pour les histoires longues qui permettent de voir grandir les personnages et pour les auteurs dotés d'une personnalité graphique très marquée. C'est pourquoi des œuvres aussi différentes que Tricked, Elektra Assassin, L'Histoire des 3 Adolf ou Weapon X peuvent cohabiter dans la même liste.
La liste peut-elle changer avec le temps ?
Oui. Elle est d'ailleurs conçue comme une liste provisoire. À mesure que je lirai de nouvelles BD ou celles que j'ai en attente, certaines œuvres pourront entrer, sortir ou changer de position.

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