Je me suis approché de cette œuvre comme je m’approche de toutes celles de Paco Roca : avec l’envie d’avoir deux heures de tranquillité pour m’asseoir dans le canapé et profiter d’une bonne histoire, avec des personnages bien construits, qui me fasse ressentir quelque chose.
Cela m’est arrivé avec toutes ses œuvres, depuis les très bonnes (Rides, La maison), jusqu’aux seulement bonnes (L’hiver du dessinateur).
Et avec celle-ci aussi.
Sauf qu’à son réalisme du quotidien habituel, il ajoute une couche d’épopée ? qui élève le niveau.
Une bande dessinée vraiment très agréable et réflexive.
Índice de Contenidos del Artículo
- Avis rapide
- De quoi parle La Nueve
- La guerre et ceux qui la perdent
- Comment Paco Roca le raconte
- Le meilleur
- Le pire
- Verdict
- Questions fréquentes
- De quoi parle La Nueve ?
- La Nueve est-elle basée sur des faits réels ?
- Est-ce une BD sur la mémoire historique ?
- Faut-il connaître l’histoire pour l’apprécier ?
- Est-ce une lecture difficile ?
- L’édition augmentée vaut-elle la peine ?
- À qui la recommander ?
- Y a-t-il beaucoup d’action de guerre ?
- Est-ce l’une des meilleures œuvres de Paco Roca ?
Avis rapide
La Nueve est, sans aucun doute, l’un des sommets de Paco Roca et de la bande dessinée espagnole.
Une œuvre immense, non seulement pour l’histoire qu’elle raconte, mais aussi pour la manière dont elle nous fait comprendre que ses protagonistes sont des personnes réelles coincées dans des situations qui nous paraissent aujourd’hui presque invraisemblables.
C’est l’un des points les plus forts de la BD : lire -et sentir- ce que ces hommes ont vécu et penser au confort de notre monde actuel en comparaison.
Parce qu’il y a encore des guerres aujourd’hui -c’est évident- mais nous les regardons à une distance qui les transforme en quelque chose d’abstrait. Ce livre, lui, les ramène au sol : ici, la guerre a un visage, de la peur, de la fatigue, de la faim et une sensation permanente d’avoir tout perdu.
De quoi parle La Nueve
L’œuvre part de Miguel Ruiz et de La Nueve, la compagnie formée majoritairement par des républicains espagnols qui participa à la libération de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale.
C’est le point de départ historique, mais la BD offre beaucoup plus.
Car même si La Nueve est clairement placée dans la revendication d’un camp, c’est en réalité une histoire sur des personnes à qui la guerre a presque tout pris.
Des personnes de n’importe quel camp. De n’importe quel pays. De n’importe quelle guerre.
Des hommes et des femmes forts, oui, mais pas invulnérables : ils ont fait ce qu’ils croyaient devoir faire dans un monde qui les poussait d’une défaite à une autre.
Jusqu’à une victoire finale qui n’en a pas vraiment l’air.
Pour moi, c’est là la vraie puissance de l’œuvre : non pas te dire qui tu dois admirer, mais te faire comprendre ce que coûte le fait de (survivre à) une guerre. Ou à plusieurs.
En ce sens, elle m’a laissé une sensation proche de La batalla del Ebro de Pérez-Reverte, autre œuvre à lire absolument au lycée.

La guerre et ceux qui la perdent
Ce qui compte dans La Nueve ce n’est pas la mémoire historique comprise comme un combat entre camps. Du moins, ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus dans l’œuvre.
Oui, l’histoire part de républicains espagnols exilés. Oui, elle parle de La Nueve. Oui, il y a une dimension historique très claire. Mais le fond que laisse la BD est plus large et plus dérangeant : tous les soldats perdent.
Ceux qui meurent perdent, évidemment. Mais ceux qui survivent perdent aussi. Ceux qui partent. Ceux qui reviennent. Ceux qui ne peuvent pas revenir. Ceux qui font ce qu’ils croient juste et découvrent ensuite que le pays, la patrie ou l’histoire ne leur rend rien qui ressemble à ce qu’ils ont donné.
C’est l’une des idées les plus manifestes de la BD : ce que ces personnes ont apporté à un pays, ou à plusieurs, et le peu qu’elles ont reçu en échange. Et cela ne s’applique pas forcément seulement aux soldats républicains ni seulement à cette histoire précise. Comme je le disais plus haut, il y a eu des soldats de l’autre camp, d’autres pays et d’autres guerres qui ont eux aussi été oubliés, mal rappelés ou carrément effacés.
C’est pourquoi, pour moi, l’œuvre n’est pas, même si elle le prétend peut-être, une pièce de combat politique, mais une réflexion sur le coût humain de la guerre. Sur la patrie mal comprise. Sur cette idée absurde d’exiger tout de personnes concrètes -leur jeunesse, leur corps, leur vie, leurs morts- pour leur rendre ensuite du silence.
Et je pense en ce moment même à l’Ukraine en écrivant.
Par ailleurs, c’est une ironie évidente de voir des Espagnols participer à la libération de Paris alors que l’Espagne restait prisonnière d’une dictature. Le fait se suffit à lui-même, mais ce qui importe vraiment est ce qu’il y a dessous : des hommes qui traînent une guerre, un exil et encore une autre guerre, comme si l’histoire s’était obstinée à ne pas les laisser respirer.
Et c’est pourquoi je crois que La Nueve devrait être lue au lycée. Pas pour mémoriser des noms, des dates ou des unités militaires. Cela peut venir (ou non) après.
La première chose est autre : comprendre ce que signifie une guerre pour les personnes qui la vivent. Comprendre que derrière tout conflit il y a des gens qui perdent leur maison, leur famille, leur jeunesse, leur amour, leur pays ou la possibilité d’avoir une vie normale.
Il n’est pas nécessaire de prendre parti pour comprendre cela. Il suffit de regarder.
Comment Paco Roca le raconte
L’histoire était déjà de très haut niveau, mais Paco Roca la raconte avec une narration sublime.
La structure entre présent et passé fonctionne très bien. D’un côté, il y a la conversation, l’enquête, la tentative de reconstruire ce qui s’est passé. De l’autre, les souvenirs de Miguel Ruiz et tout ce que ces souvenirs charrient.
Ce qui est intéressant, c’est que les deux parties ont du poids. Tu n’attends pas que le présent se termine pour revenir au passé, et tu n’as pas l’impression que le passé n’est qu’une dramatisation de données historiques.
Les deux lignes t’intéressent. Ce qui s’est passé t’intéresse, et la manière dont on récupère ce qui s’est passé t’intéresse aussi.
Ce procédé permet à Paco Roca de mêler faits réels, mémoire, fiction et reconstruction historique sans que l’ensemble grince. Et ce n’est pas facile, car si l’œuvre penchait trop vers le documentaire, elle pourrait devenir froide et nous importer peu ; mais si elle allait trop vers la fiction, l’histoire ne serait qu’un décor.
Heureusement, le roman graphique trouve un équilibre idéal entre ces deux voies.
Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que Paco Roca manie de façon excellente le ressort de la mémoire. Ici encore, elle n’apparaît pas comme un enregistrement numérique, mais comme quelque chose d’organique : tu te souviens de certaines choses, tu en caches d’autres, tu les ordonnes comme tu peux, tu interprètes depuis le présent ce qu’à l’époque tu as peut-être seulement survécu.
Cette façon de raconter convient très bien à une œuvre qui, au fond, parle de personnes essayant de donner un sens à une vie brisée par les événements qu’elles ont dû subir.
Visuellement, Paco Roca est dans sa ligne : sobre, clair et très expressif. C’est un maître de la bande dessinée, et cela se voit dans quelque chose qui paraît facile mais ne l’est pas : tout se comprend.
Les scènes racontent, les visages communiquent, les silences pèsent, et la page comme sa composition sont pensées pour se mettre au service de l’histoire et non au-dessus de ce qui est raconté.
L’usage de la couleur et des gris pour séparer les temps et les tons fonctionne aussi. On le remarque, mais de manière plus intuitive que consciente : ce n’est pas un procédé qui te sort de la lecture pour te faire penser à quel point l’auteur est malin, il te guide simplement de façon inconsciente.
Là encore, cela tient beaucoup à la maturité narrative de Paco Roca. La Nueve n’a pas besoin de grands effets ni de virtuosité. Elle fait confiance à l’histoire, aux personnages et à la force de ce qu’elle te raconte.

Le meilleur
Pour moi, le meilleur de La Nueve -et il y a beaucoup de choses parmi lesquelles choisir- est le traitement des personnages.
Miguel Ruiz et les hommes qui l’entourent ne sont pas des silhouettes en carton. Ce ne sont pas des soldats génériques ni des NPC. Ce sont des personnes, avec leurs qualités et leurs défauts, qui vivent et meurent dans les sillons du hasard.
Paco Roca parvient à te faire comprendre que derrière chaque uniforme il y a quelqu’un avec de la peur, de l’orgueil, de la fatigue, des contradictions, des souvenirs et des pertes. Des personnes fortes qui font ce qu’elles croient devoir faire, même quand elles n’ont souvent aucune bonne option devant elles.
Ce travail psychologique est la grande réussite de la BD, car tu ne lis pas l’histoire d’une unité militaire, mais l’histoire de gens que la guerre a expulsés d’une vie normale.
La deuxième grande réussite est le mélange entre fiction et histoire. Paco Roca ne se contente pas d’illustrer des faits : il construit un récit avec du pouls, du rythme et des scènes qui restent en toi.
Le bateau qui n’arrive pas au port au début, par exemple, installe déjà très bien cette sensation de perte et de déracinement.
Le dénouement avec l’amante du protagoniste aussi, qui illustre très clairement tout ce que la guerre et le temps ont fini par briser.
Enfin, le troisième point fort est la maîtrise narrative. L’œuvre compte beaucoup de personnages, plusieurs temporalités, beaucoup de contexte historique et une charge émotionnelle évidente.
Entre les mains d’un auteur moins talentueux, cela aurait pu donner quelque chose de lourd ou de trop explicatif. Mais non. Tout coule assez bien et tu as envie de la terminer du début à la fin.
C’est ce qui sépare une œuvre importante (pas seulement une BD) d’une grande œuvre : La Nueve ne traite pas seulement un sujet important ; elle le raconte aussi très bien.
Le pire
Ma principale réserve est que certains passages peuvent paraître un peu denses.
Ce n’est pas une critique grave, mais elle est là. Il y a des moments avec beaucoup de personnages et une certaine difficulté à se situer. Parfois, il faut replacer qui est qui, où l’on est et quel poids chaque figure a dans l’ensemble.
Bien sûr, et malgré le sujet traité, ce n’est pas une lecture idéale pour qui cherche seulement de l’action. Même s’il y a de la guerre, du mouvement et de la tension, ce n’est pas une BD de guerre conçue comme divertissement de combat. Il ne s’agit pas d’épopée militaire, mais de personnes survivant à l’histoire.
Cela peut faire que certains lecteurs -qui ne connaissent ni l’œuvre ni Paco Roca- entrent en s’attendant à une aventure plus directe et trouvent une œuvre plus posée, plus humaine et plus intéressée par les conséquences que par le spectacle.
Malgré tout, ce sont de petits défauts. Le rythme général est juste, elle accroche dès le début et maintient l’intérêt jusqu’à la fin. Même lorsqu’elle devient un peu plus dense.
Verdict
La Nueve est une œuvre excellente. Pour sa valeur comme bande dessinée, pour sa valeur historique et, surtout, parce que c’est une grande histoire sur des personnes entraînées par des circonstances qu’elles n’ont pas choisies.
Je ne crois pas qu’il faille la lire pour renforcer une vision d’un camp contre un autre. Ce n’est pas la clé.
La clé est de comprendre que dans une guerre tout le monde perd. Même ceux qui survivent. Même ceux qui ont fait ce qu’ils croyaient juste. Même ceux qui apparaissent ensuite dans les livres, les hommages ou les plaques. Parce que rien de tout cela ne rend une vie.
Paco Roca ne transforme pas ses protagonistes en héros inaccessibles, mais en hommes fatigués, forts, contradictoires et réels, qui te feront réfléchir à eux et à notre monde actuel.
Pour conclure, je me répète : nous sommes sans aucun doute face à l’un des sommets de Paco Roca et de la bande dessinée espagnole.
Fais-toi une faveur et lis-la.
PS : l’édition augmentée d’Astiberri vaut la peine, avec 24 pages supplémentaires comprenant de nouveaux textes, croquis, photos, nouvelles pages dessinées et une lettre de l’un des protagonistes. Une édition révisée/augmentée à partir de nouvelles informations reçues par l’éditeur de Paco Roca.
| Champ | Donnée |
|---|---|
| Titre | La Nueve |
| Auteur | Paco Roca |
| Année | 2013 |
| Éditeur | Astiberri |
| Genre | Roman graphique historique / bande dessinée documentaire |
| Pays | Espagne |
| Édition actuelle | 352 pages |
| Disponible en | Papier et numérique |
Note
Pour qui
✔️ Pour les amateurs de bande dessinée adulte (mais pas X).✔️ Pour les lecteurs intéressés par l’histoire, la mémoire et la Guerre civile espagnole.
✔️ Pour celles et ceux qui veulent simplement une bonne histoire.
✔️ Pour les adolescents, afin qu’ils comprennent vraiment le coût humain d’une guerre.
✔️ Pour les fans de Paco Roca.
Pour qui ce n’est pas
❌ Pour qui cherche de l’action guerrière directe.❌ Pour qui veut une lecture légère sans trop de personnages.
❌ Pour qui n’a aucun intérêt pour les histoires à fond historique.
Questions fréquentes
De quoi parle La Nueve ?
Elle raconte l’histoire de Miguel Ruiz et de La Nueve, mais parle surtout de soldats, d’exil, de guerre et de vies brisées.
La Nueve est-elle basée sur des faits réels ?
Oui. Elle part de faits réels, même si Paco Roca mêle histoire, mémoire et fiction pour construire le récit.
Est-ce une BD sur la mémoire historique ?
Oui, mais pas seulement. Pour moi, l’important est la manière dont elle montre que dans une guerre tous les soldats perdent.
Faut-il connaître l’histoire pour l’apprécier ?
Non. Avoir du contexte aide, mais Paco Roca la raconte de façon claire et très humaine.
Est-ce une lecture difficile ?
Ce n’est pas difficile, même s’il y a pas mal de personnages et quelques passages un peu denses. Malgré tout, elle accroche dès le début.
L’édition augmentée vaut-elle la peine ?
Oui, surtout si tu ne possèdes pas encore l’œuvre. Elle ajoute du matériel supplémentaire et c’est l’édition la plus complète.
À qui la recommander ?
Aux amateurs de BD, aux lecteurs intéressés par l’histoire et à toute personne qui veut une bonne histoire humaine.
Y a-t-il beaucoup d’action de guerre ?
Ce n’est pas une aventure de guerre d’action. La guerre est là, mais le regard porte sur les personnes et ses conséquences.
Est-ce l’une des meilleures œuvres de Paco Roca ?
Oui. Pour moi, c’est l’un de ses sommets et l’une des grandes œuvres de la bande dessinée espagnole.

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